Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 23:01
Jessica Nelson, "Tandis que je me dénude": psychodrame télévisuel

Angie, l’héroïne du roman de Jessica Nelson « Tandis que je me dénude » est une jeune prof de lettres. Elle a écrit un premier roman, et elle est invitée dans une sorte de Talk-show en direct pour défendre son livre. Faire l’expérience d’un plateau de télévision quand vous n’êtes pas habituée à cet exercice peut être une sorte de psychodrame et en quelques dizaines de minutes, la tension est telle que c’est un peu comme si vous tombiez du haut d’un immeuble, et que toute votre vie se mettait à défiler, ses pires zones d’ombre se retrouvant subitement éclairées de façon inquiétante.

Le roman de Jessica Nelson « Tandis que je me dénude » traduit bien le stress énorme de son héroïne, notamment par son rythme assez entrecoupé. Il joue sur les points de vue, puisque ce sont des protagonistes différents qui racontent tour à tour leur perception de cette émission de télévision : les invités comme le vieil acteur, ou le député, la jeune auteur elle-même, mais aussi des proches de la jeune romancière qui sont chez eux et la regardent.

Ce récit joue aussi beaucoup sur la temporalité romanesque : c’est une forme de condensation ; à l’intérieur de cette unité de temps correspondant à un simple tournage, toute la vie de cette jeune femme peut être reconstituée sous forme de puzzle, avec un arrière-plan très complexe, des secrets personnels, des traumatismes qui remontent.

Un des thèmes principaux du livre est l’identité : qui est cette Angie, qui paraît lisse, simple – elle qu’on appelle de façon interchangeable Jennifer ou Jessica ? Nous la découvrons petit à petit, extrêmement complexe, comme si ce récit menait pour nous l’enquête sur son passé. J’ai trouvé assez habile le fait de ne pas en faire une romancière de génie (on a l’impression que son roman sur la vie virtuelle des adolescents n’est pas l’œuvre du siècle) mais une jeune femme sensible qui se retrouve dans l’émission de télévision un peu comme un jeune animal qui se sent traqué par la lueur des phares d’une voiture en pleine nuit. Ce qui est amusant aussi, c’est qu’on reconnait des aspects de la personne de Jessica Nelson elle-même dans son héroïne. Mais, bon signe, même moi, qui n’ait balbutié que quelques mots dans ma vie à la télé (sans rien avoir à y défendre) j’ai pu parfois m’identifier à cette prof de lettres traqueuse. Et j’espère par exemple que parmi mes élèves, se cache un « Remi », celui du dernier chapitre du livre!

Partager cet article

Repost 0
Published by Une ombre dans la brume
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Effleurer une ombre
  • Effleurer une ombre
  • : Je suis conne comme la lune sans soucis, comme la lune béate qui luit à l'automne, et offre le sourire de sa face blême aux moutons rêveurs, aux filles endormies. Je suis pomme, en somme, et de ce mauvais fruit, sais-tu? La gloire des campagnes monotones (Par qui Dieu sur Eve jeta l'anathème jadis) pleine d'asticots et toute pourrie. Je suis vache mystique des champs nivernais, mâchouillant ma vie végétale dans la paix. Le temps passe, je rumine, bovine herboriste.
  • Contact

Liens