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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 22:11
La maladroite d'Alexandre Seurat: discret martyr

C'est un livre qui aurait pu aussi s'appeler "trop tard", car il commence alors que chacun sait que la petite Diana est morte des suites de mauvais traitements de ses parents. Les discours croisés des personnages qui composent ce roman sont autant de témoignages successifs de sa courte vie . Le sujet de ce roman - qui a été inspiré par un fait divers réel- semble a priori impossible tellement il est favorable au pathos, et Alexandre Seurat relève ce défi pour raconter ce destin d'une manière digne, en évitant le voyeurisme. Son roman sobre raconte l'enchaînement d'échecs successifs: dès la naissance de Diana, les tentatives d'arracher cette pauvre enfant à son destin tragique ont existé. Les professionnels qui ont observé les choses autour d'elle étaient des gens attentifs, scrupuleux. Des rouages ont tenté de fonctionner, et à chaque fois ont été entravés. L'atténuation de l'horreur est le sujet du livre, comme le titre même le révèle: les parents ont su dissimuler leurs odieux agissements, et le roman de Seurat lui aussi pour rendre compte de ce crime, n'évoque jamais directement ces atrocités. Seuls quelques détails en sont perceptibles et laissent imaginer le reste. Mais alors que les parents ont pour objectif de camoufler la réalité pour la rendre présentable, Alexandre Seurat ne contourne l'irracontable que pour mieux révéler en creux son horreur.

Je n'ai pas apprécié énormément le roman, même si je trouve son dispositif original, car je n'ai pas cru aux discours de ces témoins qui utilisent tous un ton très neutre et très littéraire pour parler: comment peut-on croire que la tante de cette petite enchaîne ce vocabulaire sophistiqué ("narcissisme" "cynisme"...) et ces effets de style ? Les personnages ont à mon avis tous plus ou moins la même façon de parler, je n'ai pas vraiment entendu leurs voix en lisant, comme si elles étaient étouffées, peut-être par la culpabilité, mais je crois plus parce que l'on entend surtout la langue élégante de l'auteur lui-même.

De toute manière, j'ai un problème avec le sujet même du roman. Je vois bien que c'est une bonne cause -réfléchir aux raisons qui peuvent, encore aujourd'hui nous empêcher d'avoir une action efficace en termes de protection de l'enfance - mais j'ai vu certains journaux faire la promotion du livre en revenant sur le fait divers réel qui l'avait inspiré, et chercher à attirer les lecteurs en manipulant cette curiosité malsaine qui saisit les foules face aux crimes sordides. Bref, je trouve qu'en cette rentrée littéraire, la littérature - ou en tout cas son service promotionnel - a un peu trop utilisé l'enfance maltraitée pour vendre des livres et ça ne m'a personnellement pas plu.

NB: J'ai lu ce roman dans le cadre du challenge littéraire des "68 premières fois" coordonné par Charlotte l'insatiable.

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Published by Une ombre dans la brume
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  • : Je suis conne comme la lune sans soucis, comme la lune béate qui luit à l'automne, et offre le sourire de sa face blême aux moutons rêveurs, aux filles endormies. Je suis pomme, en somme, et de ce mauvais fruit, sais-tu? La gloire des campagnes monotones (Par qui Dieu sur Eve jeta l'anathème jadis) pleine d'asticots et toute pourrie. Je suis vache mystique des champs nivernais, mâchouillant ma vie végétale dans la paix. Le temps passe, je rumine, bovine herboriste.
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