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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 15:43
"Appartenir" de Séverine Werba:ou comment mettre au jour un passé familial effacé

"Je témoigne d'un non-témoignage, je témoigne d'un silence, d'un trou laissé par la souffrance. Je témoigne d'une amputation. Je n'ai rien vu de mes yeux, je n'ai pas de souvenirs, je n'ai pas connu ceux qui sont morts et pourtant ils m'importent. Et pourtant je les cherche".

Séverine Werba a écrit un très beau livre, sincère et poignant, qui raconte comment on peut être traumatisé, à distance pourtant, par la tragédie de son histoire familiale pendant la seconde guerre mondiale.

Rosa, sa fille Lena - qui avait 2 ans, Motel et les autres, tous les membres de la famille de son grand-père Boris ont vraiment "disparu": c'est à dire qu'ils ont été tués de façon absolument barbare pendant la guerre, et qu'en plus, pour tenir bon, les survivants ont préféré les oublier en apparence, effacer tous leurs souvenirs... Il n'en reste à peine qu'une photo dans une boîte à chaussures. A partir de ces minuscules indices de vie, Séverine Werba mène l' enquête et tente de retrouver quelques traces de leur existence, qu'elle ne soupçonnait pas avant...

L'écriture de son livre redonne à ces êtres supprimés si brutalement une dignité, une place, en perpétuant leur mémoire, même si la quête de Séverine Werba s'avère presque désespérée, surtout quand elle va en Ukraine, dans le village de ses grands-oncles. Mais l'écriture de ce livre permet aussi à Séverine Werba d'aller au bout de sa propre quête identitaire, de résoudre un mal-être confus qu'elle a toujours ressenti sans l'identifier.

Elle-même au départ n'est pas tout à fait juive, pas tout à fait considérée comme telle, parce que seuls ses grands-pères l'étaient et la démarche engagée de "baptême juif" qu'elle entreprend semble assez dérisoire, décevante par rapport à ses attentes. Nul doute que ce livre la rattache à cette famille bien plus fortement et plus sincèrement que n'importe quel rite.

Moi même, j'ai un nom de famille juif, je ne suis pas juive du tout - mais je laisse les gens le croire s'ils le pensent, pourquoi m'en défendrai-je? c'est un honneur pour moi que des personnes puissent le croire- car c'est mon mari qui a un père juif et toute une partie de sa famille morte en déportation. Ma propre fille, qui est une adolescente un peu fragile -comme beaucoup d'adolescents- et qui ne se sent pas bien, écrit partout qu'elle est juive. J'ai été très sensible à tout le mal-être décrit par Séverine Werba, car je me demande si celui qu'éprouve ma fille en ce moment n'est pas un peu comparable au sien.

Bref, ce livre est important, car c'est plus qu'une histoire familiale reconstituée de façon émouvante et sincère, c'est un livre qui questionne plus largement sur l'identité juive, et sur l'étendue des traumatismes familiaux.

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Published by Une ombre dans la brume
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  • : Je suis conne comme la lune sans soucis, comme la lune béate qui luit à l'automne, et offre le sourire de sa face blême aux moutons rêveurs, aux filles endormies. Je suis pomme, en somme, et de ce mauvais fruit, sais-tu? La gloire des campagnes monotones (Par qui Dieu sur Eve jeta l'anathème jadis) pleine d'asticots et toute pourrie. Je suis vache mystique des champs nivernais, mâchouillant ma vie végétale dans la paix. Le temps passe, je rumine, bovine herboriste.
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