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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 19:07

L'entretien que Philippe Vilain a mené dans Le Monde m'a convaincue d'acheter son livre, et je ne le regrette pas, La fille à la voiture rouge se lit d'une traite, ma lecture a filé aussi vite que la Porsche d'Emma Parker à travers Paris. Emma Parker, fantasque jeunette de 20 ans, a un nom trop romanesque pour être vrai, mais la mythomanie est ici un acte d'amour: celui d'enchanter le quotidien par la force de l'imagination, pour entraîner l'autre dans un rêve qui correspond en tout point à ses désirs secrets, glanés ici et là à son insu dans ses propres romans. Elle va très loin, cette étudiante en lettres fortunée, en s'inventant une maladie aussi grave que rare, des hospitalisations, des médicaments, des malaises qui causent l'affolement de son amoureux. A posteriori, l'auteur comprend que chaque détail inventé par Emma provient d'un de ses livres précédents.

J'ai aimé le registre élégiaque de ce beau roman d'autofiction amoureuse, la précision de son écriture simple et directe, assez linéaire, sans fioritures. L'héroïne cite Mallarmé en riant à un moment et c'est le tombeau d'Anatole qui m'est venu en tête: ce roman est le tombeau d'Emma Parker. C'est sûr que Céline Marchand, tout de suite, ça fait moins rêver. Une fois que les masques sont tombés, l'amour devient plus difficile. 

Le roman pose la question de la relation à la vie qu'entretient un auteur d'autofiction tel que Philippe Vilain. Bien sûr, un amour ne semble être intéressant que dans la mesure où il pourra être raconté, mais il y a une influence inverse: la femme aimée a lu les livres du romancier, et modifie son comportement en fonction de la connaissance assez intime qu'elle a ainsi acquise. La figure de l'écrivain est alors double: fort, ici d'autant plus admiré qu'il est l'aîné de 20 ans d'Emma, reconnu dans le milieu littéraire, il est aussi rendu vulnérable par tout ce qu'il a révélé de lui-même. 

La fin montre un personnage masculin ambigu, malheureux d'être quitté et pourtant admettant penser à une autre quand il était avec Céline. Ce trouble qui entoure les ruptures, entre mauvaise foi et vrai chagrin me semble ici très bien traduit. On retrouve à ce moment les traces de ce séducteur pas très sympa : l'auteur regrette d'en avoir fait son double romanesque au fil de ses oeuvres, mais s'en émancipe-t-il vraiment? 

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Published by Une ombre dans la brume
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  • : Effleurer une ombre
  • Effleurer une ombre
  • : Je suis conne comme la lune sans soucis, comme la lune béate qui luit à l'automne, et offre le sourire de sa face blême aux moutons rêveurs, aux filles endormies. Je suis pomme, en somme, et de ce mauvais fruit, sais-tu? La gloire des campagnes monotones (Par qui Dieu sur Eve jeta l'anathème jadis) pleine d'asticots et toute pourrie. Je suis vache mystique des champs nivernais, mâchouillant ma vie végétale dans la paix. Le temps passe, je rumine, bovine herboriste.
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