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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 13:01

 

 

verlaine2.jpgPourquoi au juste ai-je cité Verlaine un soir en famille, à la table de ma belle-mère ?  Celle-ci, assez âgée - une dame adorable qui est d’ailleurs décédée depuis- s’est exclamée : « Ah ! Verlaine ! Mon oncle m’a raconté qu’il le croisait souvent dans un bistrot de Metz, et il disait surtout que c’était un sacré ivrogne… »

 

Choc électrique.

 

Verlaine tout à coup, personnage presque vivant, s’invitait dans mon repas de famille, parce qu’une personne qui m’était familière évoquait quelqu’un qui lui avait été à elle-même familier, qui lui-même avait vu Verlaine, souvent… Deux intermédiaires seulement entre moi et Verlaine….  Je devenais dépositaire d’un cliché inédit du poète, pris sur le vif, et pas à son avantage, certes, un instantané de lui attablé au bistrot, ivre, mais c’est comme si brusquement je devenais l’héritière d’une très vieille photo précieuse. Le regard de l’oncle de ma belle-mère sur Verlaine, c’était celui des petits bourgeois de la ville sur l’artiste, qui passaient devant lui avec pas mal de mépris pour les dérèglements de sa vie, ce n’était pas le plus admirable des points de vues, il faut l’avouer. Mais la nuance contemptrice de ce témoignage familial, loin de réduire la valeur de cet héritage inattendu, faisait partie de ce petit documentaire mémoriel, elle en disait long aussi…

 

Verlaine est venu à ma rencontre en personne ce jour-là, de façon impromptue. Verlaine en plus, c’est le seul poète qui m’ait jamais fait produire une copie blanche. En khâgne, je trouvais qu’expliquer Verlaine relevait de la torture sans issue : comment voulez-vous disséquer un poème dont la lecture a eu l’effet dévastateur de tout ramollir en vous, de dissoudre votre raison comme un cachet d’aspirine dans un verre d’eau ? Mon professeur avait bien compris d’ailleurs à l’époque, il ne m’en avait pas voulu pour ça… Il y a des poésies qu’on n’a pas envie d’expliquer, qu’on ne peut pas expliquer, même si on le voulait…

 

 

Je voulais écrire un petit quelque-chose sur le sujet ce matin, parce que dans la semaine, un avis de décès est paru dans Le Monde : la petite fille de Georges Izambard, le professeur de Rimbaud, est morte. Et cette petite histoire personnelle liée à Verlaine m’est revenue à l’esprit. Ils ne sont pas si loin de nous, ces poètes… 

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Published by Une ombre dans la brume
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  • : Effleurer une ombre
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  • : Je suis conne comme la lune sans soucis, comme la lune béate qui luit à l'automne, et offre le sourire de sa face blême aux moutons rêveurs, aux filles endormies. Je suis pomme, en somme, et de ce mauvais fruit, sais-tu? La gloire des campagnes monotones (Par qui Dieu sur Eve jeta l'anathème jadis) pleine d'asticots et toute pourrie. Je suis vache mystique des champs nivernais, mâchouillant ma vie végétale dans la paix. Le temps passe, je rumine, bovine herboriste.
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