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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 22:23

Je travaillais tranquillement devant mon ordinateur. En bruit de fond, une télévision allumée distraitement dans la pièce d'à côté par l'une de mes filles déjà partie batifoler ailleurs. Je n'écoute pas même d'une oreille cette télé lointaine, et je ne pourrais pas dire au juste quelle émission elle diffuse. Je suis à peine consciente des bruits brouillés qui parviennent jusqu'à moi. Je me sens lasse, je reviens du lycée après une journée bien remplie et il me faut continuer à travailler, seule  face à mon petit écran. Et tout à coup, une musique s'échappe, se faufile dans une fissure qui s'ouvre littéralement par surprise dans mon cerveau pour m'atteindre au coeur. 

 

Je le reconnais, ce générique, c'est celui de Mac Gyver, l'aventurier bricoleur.

 

Mais l'émotion qui me submerge, instantanément, est dûe au fait que mon cerveau a associé automatiquement ma grand-mère à cette musique. Car c'est chez elle, exclusivement, que je l'entendais . Cette association immédiate me fait rire, car elle est vraiment incongrue: Mac Gyver, ce clone astucieux de Sting,  ce mâle décoratif qui ne vieillira jamais n'est pas tout à fait assort à ma vieille mémé toute gentille dans sa ferme perdue...MacGyver-MEA.jpg

Mais en même temps que j'ai envie de rire, j'ai aussi le coeur qui se serre très fort. Cela fait sans doute trop longtemps que je n'ai pas pensé à ma grand-mère, disparue il y a peut-être bien 18 ans. 

Pourquoi est-ce chez elle que j'entendais ce générique? Je ne sais pas trop... peut-être que ce feuilleton était précisément diffusé à un moment où je lui rendais visite, le week-end. J'aimais bien aller la voir. Elle me racontait sa vie. On se sentait proches.  Aimée. C'était son prénom.

Je ris aussi, parce que vraiment, c'est  très bizarre que ce soit Mac Gyver qui fasse ressurgir ce sentiment de deuil: il est tellement opposé, cet artificiel expert artificier, à toute profondeur!... et c'est pourtant tout au fond de moi-même qu'il a remué des choses enfouies.

Je ris aussi, parce que c'est bizarre de rire alors qu'on a précisément envie de pleurer d'avoir perdu cette chère grand-mère. L'émotion est étrange,  terriblement surprenante.

J'ai envie de signaler à Mac Gyver qu'à l'occasion j'ai débusqué son leurre. Attention, espèce de pseudo héros à la manque, tu n'es pas si jeune, ne fais pas trop ton malin... Cela fait bien longtemps que ma grand-mère n'est plus là: toi aussi, en vrai, tu dois être un croulant. T'es un sacré has-been, Mac Gyver. Ne la ramène pas.

Aimée, elle était mille fois plus émouvante que toi, et ce n'était pas le genre de prétentieuse à montrer ses muscles bronzés dans des T shirts tachés de sueur, comme toi, petit poseur ingénieux cousu de fil blanc. Aimée, elle était peut-être même plus intelligente que toi: elle n'avait pas fait d'études plus loin que le certificat, mais elle l'avait eu avec deux ans d'avance. (Je me suis toujours demandé d'ailleurs si ce n'était pas un truc hypocrite que ses parents avaient trouvé pour la faire aller encore moins longtemps à l'école). Aimée, elle avait été tellement charmante, jeune fille, qu'elle troublait le curé. Elle m'avait raconté comment il venait la chercher pour qu'elle l'aide à donner à manger aux lapins. Et puis, il lui disait de rester là, de ne rien faire, surtout, et il la regardait. Il y avait aussi la jeune fille du château, qui venait la chercher à l'école, et qui lui jouait du piano, parce qu'elle la trouvait jolie. Aimée, grand-mère, était devenue téléphage, parce que c'était pour elle le seul moyen d'échapper à sa cour de ferme. Elle suivait même des débats philosophiques diffusés à deux heures du matin que quasiment personne d'autre en France ne regardait, et qu'elle me résumait le lendemain. En fait, je ne suis pas sûre qu'elle prêtait plus d'attention à Mac Gyver que moi aujourd'hui j'en prêtais à la télé allumée dans la pièce d'à côté.

 

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Published by Une ombre dans la brume
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  • : Je suis conne comme la lune sans soucis, comme la lune béate qui luit à l'automne, et offre le sourire de sa face blême aux moutons rêveurs, aux filles endormies. Je suis pomme, en somme, et de ce mauvais fruit, sais-tu? La gloire des campagnes monotones (Par qui Dieu sur Eve jeta l'anathème jadis) pleine d'asticots et toute pourrie. Je suis vache mystique des champs nivernais, mâchouillant ma vie végétale dans la paix. Le temps passe, je rumine, bovine herboriste.
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